C’est le mercredi 26 août 2015 à Pékin en Chine qu’il est entré dans l’histoire du javelot africain en devenant le premier athlète d’Afrique noire à décrocher la médaille d’or aux mondiaux de la discipline. Une performance exceptionnelle pour un athlète qui a appris le javelot avec les clips YouTube et dont le pays s’illustre plutôt par ses records en courses de fond et de demi-fond. Retour sur le parcours de Julius Yego, celui qu’on appelle l’athlète YouTube
Né à Cheptonon, un village situé à 300 km de Nairobi, Julius depuis son enfance, adorait lancer toutes sortes de choses. « J’ai passé mon enfance à lancer des choses. J’avais l’habitude de jeter des bâtons et des pierres près du village pendant que les autres enfants jouaient à cache-cache », explique-t-il au quotidien kényan Daily Motion. Très tôt, il découvre le javelot, un sport qui ressemblait à s’y méprendre aux jeux d’enfants auxquels il s’adonnait, mais faute d’infrastructures pour pratiquer cette discipline, il décide de se servir des vidéos You tube pour apprendre à lancer le javelot. Il avait 16 ans.
L’athlète You tube
« Mon entraîneur c’est moi et les vidéos You tube », déclare Julius Yego. « J’ai pu voir les techniques d’entraînement et les compétences professionnelles que les lanceurs de javelot utilisent », ajoute-t-il. Grâce à ce site web dont les vidéos l’aidaient à s’entraîner, Julius a pu travailler sa technique. Penadant que ces copains tchattaient, lui disséquait sur l’écran les images en modèle réduit, la bonne course d’élan, le bon placement, le bon mouvement de bras des légendes de la discipline comme Thorlkidsen, Pitkämäki et Zelezny. Sa réputation commence vraiment par se construire quand il décide de se professionnaliser dans la discipline.
Une entrée fracassante dans le monde professionnel
Au championnat national, première compétition à laquelle il participe, Julius fait montre de toute sa puissance. Il écrase la concurrence au niveau des catégories de jeunes en battant le record national avec un jet à 71 mètres en 2006. Deux ans plus tard, il est couronné champion du Kenya de lancer de javelot dans la catégorie senior avec un lancer de 72,18 m. En 2010, il participe aux championnats d’Afrique de la discipline et décroche la médaille de bronze. Une performance peu satisfaisante pour le jeune athlète. Il rectifia le tir lors des jeux africains de 2011 à Maputo (Mozambique) en remportant la médaille d’or. Il profite même de l’occasion pour battre son record national avec un jet de 78,34 m. L’IAAF (International Association of Athletics Federations) n’a pas manqué de remarquer ce talent brut. Il décide de le façonner dans le moule des grands champions. La même année donc, l’institution accorde au jeune Kényan une bourse pour s’entraîner deux mois en Finlande sous la supervision du coach Petteri Piironen
Et depuis, il lance toujours plus loin
En 2012, Londres découvre « l’athlète You tube » lors des JO qu’elle organise. Yego se qualifie contre toute attente pour la finale du javelot avec un jet de 81,81, mais il échoue à la douzième place. Cependant, cette performance lui permet de faire tomber son record personnel. Les connaisseurs du javelot restent sans voix devant les exploits du « jeune swahili qui ne voulait pas courir ». L’athlète lui-même semble en être surpris. « Je ne m’y attendais pas vraiment, mais je me sentais fort, j’étais prêt. Chaque jet me procurait du plaisir », dit-il. Mais son corps n’avait pas encore fini de l’étonner.
En 2013, lors des mondiaux de Moscou (Russie) il échoue au pied du podium. Deux ans plus tard, au meeting de Birmingham, Yego réalise un lancer de 91mètres 39.Un jet jamais atteint depuis 2006 et qui fait grandir l’expectative de sa participation au mondiaux d’athlétisme de Pékin en 2015. Attente comblée puisque Yego décroche sa première médaille d’or aux mondiaux de la discipline avec un jet de 92,72 m, pas très loin du lancer à 98,48 m qui constitue encore le record du monde à l’heure actuelle. Yego accroche ainsi la première médaille du Kenya et de l’Afrique noire au tableau des légendes du javelot mondial et le continent entier espère bien qu’il ne s’en arrêtera pas là.
source: ecceafrica